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Les vecteurs de la professionnalisation des métiers de la formation continue

  • 19.09.2019

La professionnalisation, concept vastement utilisé, dont la signification varie souvent d'une personne à l'autre. Dans le contexte de la formation des adultes, la FSEA romande et l'ARFOR ont souhaité brossé un constat actualisé tout en relevant l'importance de la reconnaissance des certificats de branche pour la professionnalisation des métiers de la formation continue.

Caroline Meier et Jean-Pierre Besse, article co-écrit par l'ARFOR et la FSEA romande

La professionnalisation de la formation continue est-elle en route ?

La formation continue est une notion globale qui regroupe des formations formelles (formations continues professionnelles) et informelles (certificats de branches). Son organisation est complexe. Dans ce contexte, nous assistons depuis plusieurs années à une professionnalisation du domaine.

Mais qu’entend-on par professionnalisation ? Selon Wittorski (2007[1]), ce concept définit une accession progressive d’un travail au statut de métier ou de profession. Il comprend également des aspects liés à une formation de plus en plus spécifique, d’un processus de qualification et d’une socialisation spécifique à un métier.

Nous assistons depuis 1996 à un processus de qualification des formateurs et des formatrices d’adultes. Ils sont de mieux en mieux formés. 50'151 ont obtenu le certificat FSEA 1 «Animer des sessions de formation pour adultes » et 11’423 un brevet fédéral de formateur/trice d’adultes. Au niveau de la formation universitaire, les détenteurs de CAS/DAS en formation d’adultes sont également en augmentation.

En ce qui concerne les conditions cadres du domaine, un nombre croissant de cantons ont un cadre légal régissant la formation continue. Au niveau fédéral, la Loi fédérale sur la formation continue (LFCo) est mise en œuvre depuis janvier 2017. Le domaine commence à être reconnu dans le système de formation suisse, car la loi « vise à renforcer la formation continue, en tant que partie intégrante de l'apprentissage tout au long de la vie, au sein de l'espace suisse de formation » (art1, LFCo).

Le domaine de la formation fait également l’objet d’un travail important dans le domaine de la qualité : un système de management de la qualité qui définit des processus, des standards propres au domaine, le label qualité eduQua pour les institutions de formation continue qui existe depuis l'an 2000.

Tous ces éléments sont des signaux et des vecteurs de la professionnalisation du domaine et des métiers de la formation continue.

Quelle est la place du diplôme dans la société de demain ?

A l’heure actuelle, pour accéder au système de formation continue formelle, il est nécessaire d’avoir un diplôme du secondaire II. Les personnes n’ayant pas ce niveau ne peuvent pas initier une formation continue. C’est pourquoi les certificats de branches ont un rôle important pour former des professionnels aux nouvelles exigences de leur métier et pour leur permettre de se requalifier.

La formation continue informelle à visée professionnelle permet aux branches et secteurs professionnels de concevoir des formations de manière plus flexible et rapide que le système formel.

Un exemple concret de professionnalisation : le certificat de branche de « Coordinateur de formation »

Comment rendre visible une activité essentielle dans le secteur de la formation ? L’Association Romande des Formateurs (ARFOR ci-après) propose un certificat de branche de « Coordinateur de formation » depuis 2018.

La révolution numérique concerne tous les domaines de l’économie et celui de la formation n’y échappe pas. Des prédictions sur l’avenir des métiers des Ressources humaines parlent même d’un remplacement complet des professionnels du domaine par l’intelligence artificielle. Dans ce monde en perpétuel changement, il devient donc nécessaire de revoir les modèles de fonctionnement. Cette réflexion s’applique pour tous les domaines touchant la formation : l’ingénierie, l’animation, la gestion.

Transformer la contrainte en opportunité

Au sein des institutions de formation ou des entreprises, les personnes en charge de la gestion des formations doivent apprendre leur métier de manière informelle. Dans la plupart des cas, les compétences s’acquièrent avec le temps. Sans toutefois garantir à l’employé-e de savoir le « pourquoi le faire » mais juste le « comment le faire ». Un manque de sens apparaît dès lors, avec des impacts possibles sur la qualité des prestations fournies par rapport à celles attendues.

Ce constat a conduit l'ARFOR à concevoir un cursus de formation intitulé « Coordinateur de formation ». Son but : accompagner le changement suite à la numérisation et harmoniser les activités entre les acteurs de la formation et les participants.

Une étude[2] parue en février 2018 indique que la numérisation aurait des effets sur le personnel de la formation continue et, par voie de conséquence, que les exigences augmenteraient. 45% des institutions interrogées répondent ne pas disposer des compétences pour une mise en œuvre systématique des technologies numériques. En parallèle, une enquête réalisée par l’ARFOR auprès de ses membres relève que 62% des sondés n’ont pas formalisé la gestion administrative des formations au sein de leur structure.

Offrir une « expérience de formation » et non plus seulement une simple journée de formation, tel est le nouveau paradigme que les institutions de formation doivent intégrer dans leur mission. Ces changements impactent également la partie administrative et plus précisément la gestion de la formation. De manière générale, les responsables de formation ou les formateurs n’ont pas la charge de la gestion administrative et opérationnelle d’un dispositif de formation.

Coordinateur de formation, une nouvelle appellation pour de nouvelles missions

Disposer d’employés administratifs au fait des nouvelles technologies, et sachant les maîtriser, deviendra une réelle plus-value. Permettre aux employés en poste depuis des années de faire reconnaître leurs expériences, voire assurer la relève, tels sont les enjeux auxquels les centres de formation devront faire face à l’avenir.

Au regard de ces perspectives pour la gestion des formations, une nouvelle appellation a été définie après consultation de différents partenaires et organisations du monde du travail concernés : le Coordinateur de formation. Son rôle : harmoniser les activités de tous les acteurs de la formation autour d’un même objectif, la réussite de l’action de formation.

L’offre de formation vise à augmenter l’employabilité des collaborateurs administratifs par le développement et le renforcement de leurs compétences pour qu’ils soient aptes, entre autres, à utiliser et gérer les outils numériques (plateformes LMS[3], E-Learning) mis à disposition des participants et formateurs.

Pour garantir l’adéquation entre les réalités et les exigences actuelles et futures du terrain, la formation est réalisée par des praticiens pour des praticiens. Les formateurs sont tous des spécialistes ou des experts reconnus dans leur domaine de compétences.

Une actualisation constante des contenus et méthodes

La révolution de la formation est en marche. Il est donc nécessaire de l’accompagner durablement et efficacement. L’approche pragmatique et orientée résultats répond aux besoins croissants de performance des entreprises face à l’essor des technologies. Dans ce cursus riche par son contenu et varié dans ses méthodes, le participant découvre par lui-même les avantages et les risques des outils et approches andragogiques.

Le rendement élevé en termes d’acquis tient à la préparation des participants. Ceux-ci accèdent aux fondamentaux nécessaires par le biais d’un module E-Learning. Les sessions présentielles sont ainsi déchargées des éléments de compréhension pouvant être soulevés par manque de certaines connaissances de base sur le sujet traité.

En 2018, une première session a démarré avec six apprenantes. Chacune a pu résoudre sa situation, combler ses attentes, surmonter ses craintes. Durant la formation, chacune a pu définir la posture du coordinateur de formation qui couvre tous les aspects d’un rôle-clé de l’entreprise. Et surtout, valoriser celles et ceux qui en ont la charge, éliminant ainsi le flou qui entourait cette fonction mal définie et peu reconnue.

Les participantes de cette première session ont salué l’initiative de l’ARFOR qui faisait cruellement défaut. Comme en témoignent deux d’entre elles dans les colonnes de la revue AGORA no 21 du mois de février 2019 dont voici un extrait :

« Ce cours m’a tout d’abord confortée dans mon rôle. Il m’a fait réaliser que mon comportement et mes différentes tâches s’accordaient avec ce que l’on peut attendre d’une coordinatrice de formation. Il m’a également donné une bonne dose de confiance en moi. Un cours très bien ficelé. Il nous aide à nous adapter aux différentes attentes des participants. » Anne-Laure, chargée de projet, Vaud

Une autre participante relève trois bénéfices concrets de cette formation : « Redistribution des rôles de chacun au sein de l’équipe selon des critères d’ingénierie de formation ; analyse des besoins d’après les normes évoquées pour répondre le mieux possible à la demande des participants ; et de nouveaux contacts » Ana, responsable de la formation continue, Genève

Un titre obtenu à l’issue de la formation est un facteur de succès. Aujourd’hui, il est plus que nécessaire de développer son identité professionnelle afin d’être reconnu dans sa fonction ou pour prétendre à de nouvelles responsabilités.

Le titre de Coordinateur de formation et les activités associées répondent à ce besoin. Pour preuve, cette fonction figure de plus en plus sur les annonces des organismes de formation, dans les journaux, sur les sites de recherches d’emplois spécialisés ou les réseaux sociaux.

De nouvelles perspectives pour les employés comme pour les employeurs

Rappelons enfin que les employés administratifs d’un institut de formation ont besoin d’être reconnus et valorisés par rapport au reste de l’équipe. Leurs compétences opérationnelles sont essentielles à l’accompagnement de tous les acteurs pendant la durée du dispositif de formation.

Voici, par exemple, quelques éléments de plus-values dont pourraient bénéficier les employeurs :

·      Faire face aux enjeux de la transformation digitale et à son « écosystème » numérique

·      Rester performant dans un marché concurrentiel en mutation constante

·      Développer les compétences méthodologiques et sociales de son personnel administratif

·      Harmoniser les activités et renforcer le travail en mode projet au sein des équipes.

Comme l’externalisation des services existe déjà dans les domaines du recrutement, la comptabilité, la gestion des salaires, la gestion des réseaux sociaux, ce type de prestations peut tout à fait s’envisager à court ou moyen terme sur le marché suisse. Avec l’émergence du travail à temps partiel, une nouvelle catégorie de travailleurs pourrait faire son apparition.

Il serait même fort possible qu’à moyen terme, des coordinateurs de formation « Freelance » proposent leurs services aux instituts de formation et aux entreprises. Cette nouvelle prestation permettrait d’externaliser tout ou partie de la gestion opérationnelle et numérique de quelques dispositifs de formation.

Dès lors, lorsqu’un institut de formation souhaite maintenir son niveau de performance et pérenniser son activité sur un marché devenu très concurrentiel, il devient nécessaire, voire urgent pour certains, de former l’ensemble du personnel.

Quelques mots de conclusion

La professionnalisation des métiers de la formation est en marche. Avec les changements amenés par la numérisation, le type de compétences demandés est en train de changer. Le travail par projet, le travail en équipe, les compétences sociales telles que l’empathie, la pensée critique, la créativité, etc. tout ce qui nous différencie du robot sont de plus en plus importantes. Les savoirs et compétences techniques ne seront plus des critères de différenciations. La reconnaissance et la valorisation des compétences ne se fera plus par le biais de la certification. La reconnaissance par les pairs aura de plus en plus d’importance. Dans ce contexte mouvant, de nouvelles modalités de formation ainsi que de nouvelles manières de reconnaissance des compétences seront nécessaires.

[1] Wittorski, R., Professionnalisation et développement Professionnel, Paris : L’Harmattan, 2007

[2] Sgier, Irena / Haberzeth, Erik / Schüepp, Philipp (2018) la numérisation dans la formation continue
[3] Learning Management System

La formation des adultes connaît une professionnalisation peu uniformisée mais nécessaire au contexte de changements et de grandes tendances actuels (Image : Pixabay)