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Rapport sur l’éducation 2018 : possibilités insuffisantes de formation continue pour les personnes peu qualifiées

  • 25.06.2018

La formation continue n’égalise pas les niveaux de formation. Au contraire : le fossé entre les personnes qualifiées et peu qualifiées devient même encore plus profond. Voici ce qui ressort du « Rapport sur l’éducation 2018 » qui vient de paraître.

Le « Rapport sur l’éducation en Suisse 2018 » pèse lourd – pas seulement en raison de ses 330 pages, mais surtout à cause de son contenu. Le rapport rédigé par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE) sous la direction de l’expert en économie de l’éducation Stefan Wolter, est un tableau d’ensemble du système d’éducation et de formation suisse. Il a été élaboré sur mandat de la Confédération et de la Conférence suisse des directeurs de l'instruction publique (CDIP). Sa structure s’aligne sur celle des rapports précédents de 2014 et 2010.

Le rapport actuel englobe des données et des informations très complètes, de nombreuses statistiques émanant de la recherche et de l’administration, subdivisées en près de 500 thèmes. Celui-ci s’interroge sur l’impact de la formation sur l’individu et la société.

La formation continue également examinée

Le rapport se penche également sur la formation continue, à laquelle il ne consacre pas moins de 14 pages. La nécessité de la formation continue y est toutefois exclusivement déterminée par rapport à la formation professionnelle, pour la préservation et le développement de connaissances (à des fins professionnelles) et en raison des changements technologiques et économiques. La formation continue non professionnelle n’est pas prise en considération. Par ailleurs, du fait du manque de données empiriques, les auteurs évitent dans une large mesure de se prononcer sur l’efficacité et l’utilité de la formation continue.

La formation continue n’a pas non plus été mentionnée directement lors de la présentation du rapport à Berne, ni dans l’exposé de Stefan Wolter, ni dans les discours du Conseiller fédéral Schneider-Ammann ou de la Présidente de la CDIP Silvia Steiner. Divers phénomènes qui caractérisent l’éducation formelle trouvent toutefois leur suite dans le chapitre « Formation continue ». Par exemple lorsqu’il s’agit des différentes conditions de départ : celles des enfants en début de scolarité et celles des participants ou non-participants à la formation continue.

Pas d’égalisation grâce à la formation continue

Énonçons dès le départ un triste constat: la formation continue ne débouche pas sur une égalisation entre les personnes disposant de différents niveaux d’éducation formelle. Au contraire : les personnes possédant déjà une éducation formelle élevée bénéficient également plus souvent d’une formation non formelle. Ceci creuse encore plus profondément le fossé entre les personnes qualifiées et non qualifiées, selon les auteurs. La promotion de l’égalité des chances pour l’accès à la formation continue reste donc un défi majeur.

Ce défi vaut notamment pour les personnes qui ne sont venues en Suisse qu’à un âge où le processus d’éducation formelle est en règle générale déjà achevé. Pourtant, la formation continue pourrait être une possibilité afin de compenser leurs déficits de formation. Si l’on veut favoriser leur intégration durable sur le marché du travail, il faut commencer par combler les déficits dans le domaine de l’éducation formelle selon le rapport. Mais dans bien des cas, la base pour cela doit tout d’abord être créée. En effet, selon les auteurs, pour intégrer les personnes sans formation post-obligatoire dans la formation continue, il faut en général commencer par leur permettre d’acquérir des compétences de base.

Un travailleur étranger sur quatre est concerné

Certes, la part des travailleurs sans qualification post-obligatoire a diminué en Suisse au cours des dernières décennies ; en 2016, elle s’élevait à 10 % dans la tranche d’âge de 40 à 64 ans, et à près de 5 % parmi les personnes de 25 à 29 ans. Mais parmi les travailleurs étrangers de 40 à 64 ans, une personne sur 3 ou sur 4 n’a pas de formation post-obligatoire.

Le fossé entre les personnes qualifiées et non qualifiées devient encore plus profond au niveau de la préservation des connaissances ou de la formation continue, car les personnes plus qualifiées apprennent de manière plus efficace et peuvent ainsi tirer meilleur profit d'un investissement en formation.

Qu’est-ce que l’homme fait mieux que l’ordinateur ?

Quel que soit le niveau de qualification, les mutations technologiques et les changements économiques touchent tous les travailleurs. Cependant, par le passé, cela n’a pas débouché sur une participation croissante à la formation continue. « Les pronostics relatifs à la numérisation sont difficiles », a souligné le Conseiller fédéral Schneider-Ammann. Mais on peut considérer que l’intelligence artificielle sera très bientôt déjà en mesure d’exécuter nombre de tâches aussi bien que l’homme. « Nous ne pouvons pas échapper à l’ordinateur », a déclaré Stefan Wolter. Il faut donc réfléchir à une conception du curriculum qui permette à l’homme de se développer d’une manière complémentaire à l’ordinateur. Le rapport sur l’éducation dresse un tableau de la situation initiale sur cette réflexion – également - dans une mesure limitée tout au moins, pour la formation continue. (RS)

vers le rapport sur l’éducation

Silvia Steiner, présidente de la CDIP, et Johann Schneider-Ammann, conseiller fédéral, lors de la présentation du "Rapport suisse sur l'éducation 2018" à Berne. (Photo : RS)