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Une approche gagnant-gagnant

  • 11.12.2019

La formation tout au long de la vie inclut-elle également le public des seniors ? Pas vraiment lorsqu’on regarde où va l’argent. Or le bénévolat offre aux personnes âgées un moyen de rester actives et de continuer à participer à la vie sociale. Cela nécessite souvent un accompagnement et une formation complémentaire appropriée, que le projet européen BRAMIR tente d’apporter.

 

Annika Ribordy, EP 4/2019

À partir d’une simple démonstration fondée sur l’analyse de quelques rapports émis par différentes organisations de l’Union européenne et des grands mouvements actuels de politique de la formation, Mark Ravenhall, chercheur anglais rattaché au National Institute of Adult Continuing Education (NIACE) en Angleterre, a démontré lors d’une conférence donnée à Londres en septembre 2018, comment la formation des adultes bascule vers une trop forte centration sur le travail. Les investissements financiers dans la formation d’adultes concernent principalement la formation formelle (professionnelle) et les jeunes adultes qui entrent en apprentissage ou en emploi. Les graphiques étudiés indiquent clairement une baisse de la participation à la formation avec l’âge des participants, alors que, a contrario, la population âgée augmente. Cela n’est pas nouveau. Parallèlement, toutes les dépenses publiques diminuent également avec l’âge de l’individu pour arriver finalement à 0,5 % des dépenses qui vont aux plus de 75 ans : pas étonnant donc que le taux de participation à la formation diminue avec l’âge !

Or, Mark Ravenhall fait bien de rappeler que le travail n’est pas tout : ce domaine n’englobe pas (et peut-être encore moins qu’avant ?) l’entièreté d’une vie. L’apprentissage lui, concerne toutes les étapes d’une vie, dans un environnement actuel qui se complexifie, et c’est dans ce principe sous-jacent à l’apprentissage que résident les grands principes démocratiques. L’apprentissage est un processus de changement qui va plus loin qu’une intégration professionnelle, malgré toute l’importance qu’il convient de lui laisser. Et les agendas européens ont tendance à se focaliser uniquement sur le travail et la formation professionnelle. Il convient de se remémorer que la formation dans son ensemble amène un impact plus large que dans le domaine étudié uniquement.

Les bénéfices de la formation

En effet, Mark Ravenhall fait référence à un rapport de l’UNESCO qui rappelle les bénéfices de la formation : ceux-ci sont « triples », c’est-à-dire que la participation à la formation est souvent corrélée à une meilleure santé des individus, à une meilleure citoyenneté d’une communauté (souvent plus soudée) et à des retombées sur la vie professionnelle des individus (entrée dans le marché du travail).

Ces effets adjacents à la formation, Mark Ravenhall les appelle « 3 ways at the same time » (ce que nous pourrions traduire par « une pierre, trois coups »). Et c’est précisément pour cela que les formateurs et les formatrices d’adultes peuvent et doivent être fiers de leur travail, peu importe le domaine dans lequel ils et elles œuvrent.

Concernant le contexte suisse, les constats restent principalement les mêmes. Les seniors, en Suisse comme dans beaucoup d’autres pays, s’engagent souvent dans des activités de bénévolat, une belle manière de participer à la société. L’un des domaines où les seniors suisses sont très actifs est l’apprentissage des langues pour les personnes migrantes.

Il est reconnu que les bénévoles seniors manquent parfois de ressources et d’outils qui seraient facilement utilisables pour les soutenir dans leur tâche et devenir de bons bénévoles. Accompagner des personnes migrantes sur le chemin de l’intégration en passant par l’apprentissage de la langue requiert des compétences diverses particulières. Ainsi, le besoin étant là, la FSEA n’a pas hésité à participer au projet européen appelé BRAMIR « Beyond Retirement, A Migrant Integration Resource » (Au-delà de la retraite, une ressource pour l’intégration des migrants).

Ce projet a vu le jour en 2016, pour se terminer en 2018 sur une note positive pour les acteurs suisses. Le projet propose des outils librement accessibles et innovants pour la formation de bénévoles seniors qui soutiennent l’intégration de personnes migrantes. Il a pour objectif de promouvoir les compétences civiques et sociales des personnes migrantes par le biais des bénévoles seniors.

Quatre ressources à disposition

Les quatre outils mis à disposition sont prévus sur plusieurs niveaux :

a) Un curriculum de formation pour les formateurs-trices de bénévoles. Celui-ci compte 8
modules pour un total de 150 heures d’apprentissage. Les 8 modules abordés sont :

1.    Sensibilisation, compréhension et communication interculturelles.
2.    Relations et compétences interpersonnelles.
3.    Efficacité personnelle et autogestion.
4.    Pensée critique et résolution de problèmes.
5.    Compétences en communication, langue et travail de groupe.
6.    Compétences en animation.
7.    Compétences de tutorat.
8.    Compétences informatiques de base.

b) Un questionnaire psychographique pour simplifier la mise en duo d’une personne bénévole avec une personne migrante. Ce questionnaire permet de considérer – à partir d’une approche « sinus-milieu » – différents critères pris à partir de variables clés telles que l’éducation, les valeurs sociales et culturelles, les attitudes, les intérêts et les styles de vie. Ainsi, on évite d’établir des critères à partir de la nationalité ou de références ethniques. Cette étape peut sembler futile pour certains. Elle souhaite pourtant, à partir des points communs définis, établir une relation durable entre la personne migrante et la personne bénévole. Ce questionnaire est divisé en deux parties : d’abord un questionnaire sur les 16 types de personnalités que vous pouvez trouver sur 16personalities.com ; ensuite un questionnaire plus personnalisé pour les publics cibles concernés et spécifiquement développé par l’équipe du projet BRAMIR.

c) Plusieurs ressources digitales développées pour les personnes bénévoles et à travailler avec les personnes migrantes. Il s’agit de ressources en ligne incluant des présentations avec une voix robotisée (texte, image et audio). Ces ressources sont au nombre de six et portent sur les sujets suivants :

1.    Stéréotypes et préjugés.
2.    S’informer.
3.    Le plaidoyer.
4.    Établir des liens.
5.    Bénévolat et communauté.
6.    Culture et perception.

d) Enfin, un programme d’introduction pour les formateurs de bénévoles, afin qu’ils sachent par où commencer lors de la transmission de ce programme. Celui-ci comprend un plan de cours permettant au formateur ou à la formatrice de prendre ce projet en main.

Ces quatre ressources nécessitent une appropriation nécessaire par les organisations ou les personnes intéressées, qui vont souvent décider de ne sélectionner que les parties qui les intéressent (il est vrai que le curriculum fait plus de 100 pages !) ou adapter ces ressources par rapport à leurs besoins ainsi qu’à leurs contextes spécifiques. Cela est tout à fait admis, ces outils étant tous mis en ligne gratuitement et ouverts au public sur le site BRAMIR.EU. La FSEA romande reste également à disposition pour transmettre sur demande les documents désirés.

Ce projet permet une approche gagnant-gagnant offrant aux seniors de rester actifs dans la société tout en contribuant à l’intégration des personnes migrantes. Mais dans tout projet de formation, et comme c’est souvent le cas pour la FSEA, ces outils ne sont que la pointe d’un iceberg, dans le sens où ces ressources permettent d’apporter des impulsions pour un public cible donné. L’impact serait plus fort si la quantité de ce type de projets augmentait et si, nous, la société, pouvions soutenir l’apprentissage de manière plus holistique, c’est-à-dire sur tous les niveaux et pour tout public. La formation ne concerne pas seulement les jeunes adultes en formation. Tout cela prend d’autant plus de sens dans un contexte changeant, avec des méga­tendances actuelles dont notamment la numérisation, les changements démographiques et les changements climatiques.

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Illustration: Christina Baeriswyl